« La femme de chambre du Titanic » de Didier Decoin

 

Titre : La femme de chambre du Titanic

Auteur : Didier Decoin

Genre :  roman historique/contemporain

Date de parution : 1991

Nombre de page : 331

Format : poche

Editions du Seuil

Appréciation (♥ – ♥♥♥) : ♥♥

4e de couverture :

« De dessous sa vareuse propre, il sortit une photo. C’était le portrait d’une femme en robe noire, tablier blanc. Elle était blonde. Elle avait un regard vague. Elle était belle au point que Zoé, d’abord, crû que c’était une femme dessinée.

– Qu’est-ce que c’est ? Demanda-t-elle, soudain angoissée.

– Une longue histoire, dit Horty. Pour la comprendre, il faut que tu l’écoutes jusqu’au bout sans m’interrompre…

Horty vécut l’histoire plutôt qu’il ne la raconta, et tout le monde eut l’impression de la vivre avec lui. »

Mon avis

Avec « La femme de chambre du Titanic », il ne s’agit pas d’une énième histoire d’amour. Il ne s’agit pas non plus, d’une énième histoire sur le célèbre paquebot.

Car l’histoire que nous raconte Didier Decoin tord le cou aux clichés. Ici, ni riche jeune fille ni de beau jeune homme pauvre. Simplement la rencontre entre un homme et une femme dont la route se croise lors du voyage inaugural du « plus grand paquebot du monde »

Loin des mythes qui entourent la catastrophe du 14 avril 1912, le Titanic n’est dans ce récit, que le témoin lointain de cette rencontre. Le mobile pour interroger et bousculer nos certitudes, quitte parfois à bousculer quelques tabous.

Idéaliser l’être perdu jusqu’à l’obsession. Magnifier les souvenirs. Majorer les émotions. Tels sembles être les pouvoirs de la mort. Les tragédies transforment les souvenirs les plus simples en merveilles, les victimes en personnages tout droit sortis d’une tragédie grecque.

Et en parlant de théâtre, l’auteur lâche la bombe : la mort rapporte. Les drames font la fortune de ceux qui savent les exploiter et les souvenirs se font artifices de spectacle. La vérité et le mensonge se confondent. L’illusion et la poudre aux yeux feront d’un drame un phénomène de cirque.

A l’exemple de ces musées et expositions qui vous proposent de plonger les mains dans l’eau glacée (réglée à la température de l’océan atlantique du 14 d’avril 1912) ou de vivre les soubresauts résultant du choc provoqué par un iceberg sur la tôle d’un navire, pour quelques dollars, la terreur des uns devient le divertissement des autres.

Enfin, arrive la question à un million d’euros : nos destins sont-il réglés par une sorte de fatalité ? Ce qui doit arriver arrivera-t-il quoiqu’on fasse ? Et surtout, peut-on forcer à devenir ce qui semble ne pas devoir être ?

Le style

Si le style de l’auteur n’est pas ce qui m’a le plus touché dans ce livre, le vocabulaire choisi est riche sans être lourd. Les mots techniques ayant trait au monde de la mer se mêlent avec aisance à un vocabulaire simple, créant un équilibre réussi.

La plume de l’auteur s’affole parfois dans des descriptions de scènes érotiques au vocabulaire crû et percutant. J’ai beaucoup aimé le fait que cela ne constitue pas un artifice de la part de l’auteur. Ces scènes participent à la vie des personnages qui nous sont présentés.

Les personnages

La force de ce roman c’est d’avoir réussi à faire du personnage principal (le docker Horty) un personnage complexe, vivant et multi-dimensionnel. Si l’homme que l’auteur nous présente voit sa vie basculer alors que le géant des mers se prépare à devenir le symbole d’une époque, les personnages de ce roman deviennent, au fil des pages, des archétypes de ce symbole.

La force titanesque, l’ambition, les apparences. Horty, Zoé et Marie symbolisent à merveille le paquebot qui liera leurs destins. Didier Decoin nous montre qu’à force de croire que l’Homme peut toucher les étoiles, il finit souvent par faire naufrage. Sous leur caractère insubmersible, les émotions peuvent faire chavirer un être et le faire côtoyer la folie.

Les bémols

J’ai personnellement ressenti quelques longueurs dans le développement de l’histoire. Certaines scènes auraient pu, selon moi, être plus courtes, certains éléments de l’histoire moins développés.

Un fourmillement de détails semblent parfois permettre à l’auteur de gagner du temps sur le dénouement, sans forcément apporter grand-chose au récit.

Conclusion

Paru sept ans avant le blockbuster de James Cameron et la « Titanic-mania » qui en résulta, ce livre bouscule le lecteur par ses vérités brutales. Si le Titanic est le symbole d’une époque, il est aussi celui de l’humanité, de la vie et de la mort.

Loin des clichés et des légendes qui entourent souvent le drame du Titanic, l’auteur nous dépeint la vie de gens ordinaires et des coups du destin qui peuvent la faire basculer.

L’adaptation cinématographique n’est pas à la hauteur du livre. Tout ce qui fait la saveur du récit a été enlevé et la fin elle-même est tragiquement différente de celle du roman.

De la sublimation à l’obsession, de la vérité au mensonge, de l’amour gratuit au spectacle commercial, « La femme de chambre du Titanic » nous propose d’embarquer pour un voyage à travers les méandres de l’humanité.

« Il comprenait maintenant, abasourdi, qu’il avait tenu cinquante-deux ans pour ce seul instant qui justifiait tout ».

 

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