« Une bouteille à la Mère » d’Isabelle Piraux

Titre : « Une bouteille à la Mère : Chronique d’un message oublié »

Auteur : Isabelle Piraux

Genre : Roman contemporain/récit de vie/témoignage

Date de parution : 2017

Nombre de pages : 178

Formats : Numérique et Broché

Lien d’achat : Amazon

Appréciation (♥-♥♥♥) :  

4e de couverture :

Beth n’a jamais pu parler de la disparition soudaine de sa mère dans les années cinquante alors qu’elle avait quatorze ans. Au crépuscule de sa vie, elle ne le peut toujours pas. Elle croit cette histoire effacée.
Quel est ce message oublié ? Que contenait-il ? Pourquoi Beth en a-t ‘elle était privée ? Si seulement elle l’avait trouvé. Si quelqu’un – qui je le saurais – ne l’avait pas soustrait pendant 50 années. Ce message pouvait tous nous délivrer d’un troublant secret. Au lieu de cela, notre famille continuait à porter son fardeau comme une enclume qui vous entraîne au fond de l’abîme. Il fallait que cela cesse, alors j’ai enquêté. Depuis mes 14 ans, je n’ai rien lâché. Progressivement, je me suis attachée à lever le voile qui recouvrait Marthe ma grand-mère et son existence inachevée. Je voulais comprendre d’où venait ma Mère et pourquoi ce silence assourdissant qui me vrillait la tête ! Cette quête, elle est là dans cette « Bouteille à la Mère – chronique d’un message oublié » ! Ce long chemin, je vous invite à le suivre et à découvrir ce lourd secret qui a plané, suinté et s’est infiltré au fil des générations. Voyez la tragédie qui a englouti Marthe ma grand-mère et a fait de Beth ma mère la femme qu’elle est devenue. Pour se construire il faut savoir d’où l’on vient. Alors j’ai cherché à comprendre, à dialoguer et à tenter de réparer.

Introduction et mise en garde

Cette chronique est la plus difficile que j’ai eu à rédiger sur ce blog. Aborder le thème des liens transgénérationnels est toujours pour moi source de grande joie, mais à la lecture de ce roman, un sentiment de malaise m’a saisi.

Isabelle Piraux a fait un pari risqué. Celui de parler des drames familiaux et de leurs impacts sur plusieurs générations. Je salue l’auteur d’avoir osé écrire sur ce sujet et la remercie d’avoir placé la psychogénéalogie, sujet peu développé dans la littérature, au centre de son livre.

J’ai suivi l’héroïne de ce roman au fur et à mesure des pages. J’ai cherché à la connaître. J’ai écouté ses messages. Et j’ai refermé le livre, confuse et mal à l’aise.

Oscillant entre roman de fiction et témoignage de vie, ce livre m’a troublé. Non par ce qu’il dit, mais par tout ce qu’il ne dit pas.

Il y a comme un vernis protecteur sur cette histoire. Un verni posé, consciemment ou non, qui dirige le lecteur vers une interprétation, celle de la critique d’une époque, de ses mœurs et de ses lois.

Mais en grattant le vernis, c’est un tout autre tableau qui se laisse découvrir. Un tableau bien plus sombre.

Sous nos yeux nous voyons les portraits de deux femmes qui, pour couvrir le responsable du drame familial, vont endosser sur leurs épaules ses responsabilités. Chacune aura sa façon de faire mais chacune portera une croix trop lourde pour elle.

Jusqu’où est-on prêt à se sacrifier pour qu’un secret soit bien gardé ? Telle est la question qui, pour moi, est derrière ce livre.

Cette histoire, pour moi, n’est pas un roman féministe. Elle n’est pas non plus la critique d’une époque révolue. Elle est tout l’inverse.

Derrière la 4e de couverture d’« Une bouteille à la Mère » c’est toute la panoplie de la manipulation mentale qui se déploie. Et cette manipulation n’a ni sexe, ni âge.

J’essaierai d’éviter au maximum de dévoiler l’intrigue du livre. Je prie l’auteur de bien vouloir me pardonner si je faillis à cette tâche. Pour ne pas casser la découverte de ce livre, je vous conseille, amis lecteurs, de lire le livre d’Isabelle Piraux avant de poursuivre la lecture de cette chronique.

Chronique de la manipulation ordinaire

La référence à la quête d’identité, à la recherche de ses origines et à la psychogénéalogie (cette discipline qui postule que les traumatismes de nos ancêtres ont des conséquences physiques et psychologiques sur nous leurs descendants) m’ont tout de suite attirées vers ce récit.

Mais en refermant « Une bouteille à la Mère » j’étais incapable de mettre des mots sur le sentiment de malaise qui brouillait mon esprit. Et ce sentiment ne m’a pas lâché pendant deux jours.

J’ai d’abord mis cela sur le compte de mes attentes, de ce que j’avais imaginé être ce récit. Moi qui m’attendais à une sorte d’enquête sur le passé, j’ai découvert un témoignage de vie.

Si certains aspects, tenant à la forme du récit, m’ont déplu, quelque chose me chagrinait. J’avais la sensation que l’histoire qui m’était présentée n’était pas tout à fait celle que j’avais lue.

Au premier abord, cette histoire est celle de trois femmes et de leur évolution d’une situation de contrôle sociale à celle de l’émancipation.

Mais en prenant un peu de distance avec le texte et en grattant un peu son verni, bien d’autres choses sont apparues. Et ces éléments ont totalement éclipsé l’idée première du livre.

Dans « Une bouteille à la Mère » j’ai suivi l’héroïne dans la présentation de sa famille dysfonctionnelle dont le drame, fait de main d’homme, aura des conséquences désastreuses sur les générations suivantes.

Dans cette histoire, trois femmes sont victimes et un homme est coupable. Pourtant, il ne sera jamais rétabli dans ses responsabilités. Tout sera fait pour que son image ne soit pas ternie. Et à cette tâche, tous les membres de la famille s’y attellent. La première couche de verni est posée. Les autres ne tarderont pas.

Il m’a fallu deux jours pour poser des mots sur ce que ce récit ne voulait pas dire. Il m’a fallu comprendre que l’héroïne, dans sa noble course à la vérité, était prisonnière, tout comme sa mère avant elle, de ce que l’époque moderne nomme un manipulateur.

Égoïsme narcissique. Mensonges. Lavage de cerveau. Parent qui utilise les enfants contre l’autre. Au fil des pages, c’est le processus type de l’emprise mentale qui se dévoile.

Chronique d’une mise à mort symbolique

Ce livre démarre sur l’histoire compliquée et intime entre un homme et une femme. Un événement qui, dans la France des années 50, va transformer un époux et un père de famille en maître ès manipulation.

Un homme renie son épouse. Pire, il la renie publiquement. Il la marque au front d’une cible bien visible, la livrant aux lois de l’époque.

La lapidation sociale est en route, mais de toutes les pierres jetées, c’est bien la première qui sera la plus fatale. Elle est d’autant plus grave qu’elle prive une femme de la protection de son statut de femme mariée. Elle est d’autant plus criminelle, qu’elle va priver des enfants de leur mère.

Ce qui m’a le plus perturbée dans ce récit, c’est le quasi aveuglement qui semble entourer Beth et sa fille face au coupable.

Il est pourtant celui qui a décidé de faire d’une affaire privée, une affaire publique.

Il est celui qui a jeté cette femme dans les bras de la justice et des lois de l’époque.

Il est celui qui a fait tomber cette femme dans une situation économico-sociale déplorable.

Il est celui qui a fait croire à cette femme que ses propres enfants ne voulaient plus la voir.

Il est celui qui a méprisé la souffrance de sa fille face à l’absence de sa mère.

La liste est encore longue, mais je préfère m’arrêter là.

Page après page, c’est une mise à mort symbolique qui est infligée et le criminel est devant nous.

Pourtant, jamais il ne semble mis en cause. La société entière est blâmée. Les lois sont blâmées. Les gens et leurs pensées ringardes sont blâmées. Mais pas le patriarche qui a craqué l’allumette pour que le feu fasse tout flamber.

Un homme adulte vit dans une société dont il connaît les lois. S’offre à lui des choix. Et il décide de ne rien épargner à son épouse.

Certains hommes mettent à mort leur épouse en lui jetant pierre après pierre. Le bon grand-père au bleu de travail tue son épouse, et la mère de ses enfants, en utilisant les pierres symboliques que la société lui propose. Mais Dieu que ces pierres seront lourdes…

Après bien des heures à réfléchir sur mes sentiments après cette lecture, le sentiment d’inversion des valeurs m’a le plus ébranlé. Le pyromane est le pompier, le bourreau est la victime, l’égoïste est le travailleur acharné dévoué à ses enfants. Et pendant ce temps, trois femmes sombrent.

De mon point de vue de femme, ce récit me bouleverse. Mais pas comme on pourrait le penser.

Ce qui me bouleverse c’est de voir cette l’héroïne suivre un chemin mental pavé pour elle. Un chemin qui lui interdit de regarder dans la bonne direction.

Du mutisme traumatique de Beth en passant par les lois de l’époque, tout est prétexte à la colère de l’héroïne. Une question s’impose cependant. Qui a livré cette femme à ces lois ?

Dans cette histoire, il n’y a aucun prêtre ni aucun juge qui accuse cette femme. Elle est mise à mort en tant qu’épouse, mère, employée et acteur social par une seule personne : son époux !

La quête du passé, la volonté farouche de lever le voile sont bien présentes tout au long du récit. Mais les couches de vernis sont trop épaisses. La vérité dans toutes sa laideur est trop violente.

Alors, Beth, comme sa fille, feront tout pour que le vernis ne craque pas.

Le déni

Programmées pour ne pas sortir du scénario que le manipulateur a écrit pour elles, ne reste plus pour ces femmes, qu’à s’accuser elle-même et à s’auto-saborder.

Arrive alors le cortège des maladies et des somatisations. La colère muselée, la justice violée, la vérité doit trouver une échappatoire.

La mère et la fille vont porter le poids d’une culpabilité qui n’est pas la leur.

Et comme le coupable a tout fait pour les persuader qu’il était la victime, les deux générations suivantes vont sacrifier leur santé mentale et physique pour expier des fautes qu’elles n’ont pas commises.

La critique de la société ne m’a pas convaincue. La colère de l’héroïne, qui explose dans le dernier chapitre, non plus. Car cette colère n’est pas dirigée vers le bon objet. Elle ne remplie que son rôle premier : être un vernis.

À la fin du récit, l’héroïne semble encore plus affaiblie qu’à son début. Après toutes ces pièces du puzzle rassemblées et cette histoire reconstruite, l’héroïne ne semble toujours pas en paix.

Le déni est trop profond, l’interdiction tacite de nommer le responsable trop ancrée. Alors qu’elle veut s’extirper du drame familial et briser le silence, l’héroïne le fait perdurer.

Conclusion

Ce qui m’a déplu dans ce récit, c’est cette sensation d’avoir une double histoire : une version « officielle » et une version « officieuse ».

Derrière la chronique d’une vie et d’une époque, je n’ai perçu qu’une héroïne emmêlée dans une toile tissée pour elle.

La critique sociale m’a semblé le seul angle de lecture des événements autorisé par le protagoniste. Mais il s’agit, pour moi, d’un dérivatif assez facile.

La psychogénéalogie est un sujet qui m’est très cher et je salue Isabelle Piraux d’avoir osé s’attaquer à ce sujet. Les traumatismes de nos ancêtres, génèrent des répercussions sur nous, les descendants. Il est vital de pouvoir déposer les bagages des autres pour pouvoir être nous-mêmes.

Il est également vital de lutter contre l’emprise mentale.

Et pour ce faire, il est important de « rendre à César ce qui est à César ». Il ne s’agit pas d’ériger des bûchers ou de juger nos aïeux. Il s’agit simplement de rétablir les responsabilités et de refuser de les endosser.

Accabler une époque, une société ou des lois est une chose. Mais encore faut-il rappeler que la meilleure façon de combattre des lois injustes, c’est encore de ne pas s’en servir pour manipuler les autres.

 

Pour aller plus loin :

« Cette famille qui vit en nous. Guide pratique de psychogénéalogie » de Chantal Rialland. Edition poche Marabout.

« L’emprise familiale. Comment s’affranchir de son enfance » de Marie Andersen. Edition Poche Marabout.

« La manipulation ordinaire. Reconnaître les relations toxiques pour s’en protéger » de Marie Andersen. Edition Poche Marabout.

 

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2 commentaires

  1. Coucou Coral. Je mesouviens il y a quelques semaines tu ouvrais mon blog… C’est mon tour maintenant. Comment ça se passe? Comment ça va? Es-tu satisfaite? Le blog te permet-il d’écrire encore ton roman?
    En tout cas tu nous offres du contenu et du bon. Bravo! Je suis moi fan de la pop up mais il paraît que c’est ce qui se fait.

    1. Coucou Antoinette. Ravie de te retrouver ici ! J’arrive à la fin de la première correction de mon roman, j’ai pas mal de retard mais ça avance. Merci pour ton message, j’espère que pour toi tout va bien. J’irai bientôt me lancer dans une de tes enquêtes. Au plaisir de te lire très vite !

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