Chronique d’antan : Le Horla de Guy de Maupassant

Auteur : Guy de Maupassant

Edition : Le livre de poche, Albin Michel

Date de parution : 1984

Date de la première parution : 1886

Genre : Fantastique

Format : papier           Nombre de Pages : 50

Appréciation (♥ – ♥♥♥) :  ♥♥♥

4e de couverture :

« Cette nuit, j’ai senti quelqu’un accroupi sur moi et qui, sa bouche sur la mienne, buvait ma vie entre mes lèvres ».

Être surnaturel, démon de la folie, le Horla dévore l’âme de Maupassant. Avec un réalisme étonnant, ce génial conteur décrit le mal qui l’emportera.

Mon avis

Il y a quelques semaines, je me suis replongée dans la nouvelle fantastique la plus connue de Maupassant : Le Horla. J’ai beaucoup hésité sur le fait de choisir cette œuvre comme première chronique sur ce blog. Donner un avis sur le travail des maîtres de la littérature française est toujours intimidant. J’ai cependant décidé de relever le défi et de vous présenter l’une de mes nouvelles préférées : Le Horla.

Cette œuvre pourrait facilement être un sujet de thèse tant la richesse des thèmes abordés dans ce récit est impressionnante. Mais je vais vous éviter cela aujourd’hui. Je me contenterai donc de vous présenter ce qui, pour moi, fait du Horla un de meilleurs récits de la littérature française.

Le Horla ou la critique d’une époque

Avec le Horla nous plongeons au cœur d’une époque, celle du XIXe siècle. À l’heure où la psychiatre rejoint les rangs des disciplines médicales à part entière, la folie est au centre de cette nouvelle.

Venant presque provoquer et mettre au défi les théoriciens de l’esprit, les questions sur les croyances parsèment le récit. La science, terreau de tous les espoirs, ne semble pas remporter tous les suffrages de l’auteur. Car Maupassant, lui-même gravement malade à l’époque où il écrit cette œuvre, voit éclore une science qui théorise beaucoup mais guérit peu.

Le récit est émaillé de questionnements, de tâtonnements, d’expériences essai-erreur. La pensée scientifique est prégnante et les hypothèses médicales se bousculent. Et pourtant…

L’auteur a, semble-t-il, décidé de nous bousculer et faire voler en éclat nos zones de confort.

Entre les tenants d’une science cartésienne intransigeante qui la pousse à nier l’invisible et le scientiste qui rêve de maîtriser un invisible qui le dépasse, Maupassant nous plonge dans les ambiguïtés et les contradictions de son époque. Celle dans laquelle se côtoient progrès scientifiques et hypnose de spectacle, salons spirites et tentatives de contrôle des esprits.

Au-delà de l’orgueil des uns et de l’arrogance des autres, il y a le Horla : Hors la science. Hors la spiritualité.

Et les questions du lecteur se succèdent au fil des pages :

– Est-ce  la folie d’un homme qui crée le Horla ?

– Est-ce le Horla qui mène un homme à la folie ?

Entre fiction et réalité, démence et vérité, le Horla tisse sa toile.

« Qui me sauvera ? » demande alors le héros anonyme de cette nouvelle.

Le désespoir pour toute réponse, la fin du récit n’en sera que plus dramatique. Maupassant ne trahit pas à sa réputation d’auteur pessimiste.

Si la nouvelle s’ouvre par une belle journée prometteuse, la fin est bouleversante et terrifiante.

La folie a gagné une bataille. Le Horla gagnera la guerre.

Les personnages :

Nouvelle écrite sous la forme d’un journal, le protagoniste décrit chaque jour l’évolution de son état.

Le choix narratif est judicieux : lire un journal personnel crée une intimité immédiate entre le protagoniste et le lecteur et déclenche l’empathie.

Le personnage du Horla est très peu décrit. On ne sait pas exactement à quoi il ressemble. Le Horla est insaisissable ce qui en fait un archétype puissant dans l’histoire des personnages de la littérature fantastique.

Le style :

C’est un des points forts de cette nouvelle. Maupassant écrit de façon simple et fluide.

Les phrases courtes se mêlent aux phrases plus longues et créent un rythme de lecture haletant.

Mais l’élément qui m’a le plus marqué est l’utilisation d’un vocable simple et direct.

Le Horla n’est pas une œuvre élitiste remplie de mots compliqués ou de tournures de phrase alambiquées. Chaque mot est choisi, pesé et produit son effet.

Avec cette nouvelle, Maupassant prouve qu’une belle œuvre peut allier simplicité et puissance.

Pourquoi je vous conseille de lire le « Horla » si vous êtes auteur ?

Lire le Horla de Maupassant est un exercice que tout auteur devrait faire au moins une fois dans sa vie.

Pourquoi ? Parce que cette nouvelle contient toutes les « ficelles » qu’un auteur doit agiter pour faire vibrer son lecteur.

Ainsi, les Incipit sont remarquablement bien maîtrisés. Pour chaque partie du journal, la première phrase frappe fort. On entre directement dans l’état physique et moral du héros. Pas de phrases inutiles, pas de mots en trop, Maupassant va droit au but : décrire la situation du protagoniste et ses états émotionnels.

Les incipit sont également utilisés de façon judicieuse pour créer un crescendo émotionnel capable de générer en quelques paragraphes l’empathie nécessaire pour que le lecteur ait envie de suivre le protagoniste dans son aventure.

Le choix des mots est également une belle leçon. Le vocabulaire choisi, à forte charge émotionnelle, marque les esprits.

L’ascension de l’angoisse est parfois interrompue de façon presque brutale. Maupassant met en place des montagnes russes émotionnelles, alternant angoisse de la maladie et espérance de la guérison.

Le maître ès nouvelles qu’est Maupassant ne se contente pas d’enchaîner les paragraphes mais construit chacun d’entre eux comme une mini-nouvelle. On retrouve ainsi l’incipit accrocheur, un développement qui fait progresser l’histoire et une phrase de clôture, toute aussi forte que l’incipit, qui ouvre sur la suite du récit.

Conclusion :

Le Horla est un chef-d’œuvre de la littérature française et un modèle du genre fantastique.

Il ravira les lecteurs amateurs de récits à forte tension psychologique et constitue une solide base d’apprentissage pour les auteurs.

Un livre à mettre d’urgence entre toutes les mains !

Pour aller plus loin :

larevuedupraticien.fr « Comment la syphilis emporta Maupassant » par Bruno Halioua.

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12 commentaires

  1. Bonjour Coral. Je passe le pas et je m’en vais lire le Horla, un des rares récits que je n’ai pas encore lu de Maupassant. Merci pour votre chronique. A bientôt

  2. Hello Coral, je suis venue me promener sur votre site. Très belle chronique sur le horla. Je vais le relire très vite. Vous donnez envie! Merci

  3. Très bon choix pour une première chronique ! Cela donne envie de se plonger de nouveau dans ce chef d’oeuvre . C’est d’ailleurs ce que je ferai dès que j’aurai terminé ma lecture du moment.
    Cette chronique est très bien construite, à la fois riche et concise! Au plaisir !

  4. Je rejoins entièrement ton avis. C’est vrai que cette nouvelle a cela de fort, qu’elle s’adresse à n’importe quel lecteur lambda. Et grâce à ce vocabulaire accessible, on comprend rapidement là ou souhaite nous mener l’auteur 🙂 Très belle chronique en tout cas !!

      1. Une belle chronique littéraire qui attire l’œil et nous replonge dans le fantastique de l’écrivain et la qualité du récit , merci Coral pour ce beau travail

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